L’entrepreneur a des qualités particulières et exceptionnelles qui vont lui permettre de prendre les risques nécessaires aux processus d’innovations. Il dispose en effet d’une « manière spéciale de voir les choses » principalement grâce à « sa volonté », sa capacité de prendre des risques, « d’aller seul et de l’avant ». Il se caractérise souvent par une très forte personnalité.
Ce que souligne Schumpeter, c’est cette capacité pour l’entrepreneur à s’abstraire du conformisme, sa capacité à s’adapter, à jouer un rôle de visionnaire, à Bousculer les habitudes. Il fait de lui « un révolutionnaire de l’économie ». Les entrepreneurs sont dotés de capacité d’anticipations, de décisions, et d’adaptation les conduisant à prendre des risques au bon moment.
Néanmoins, pour Schumpeter la fonction d’entrepreneur ne se réduit pas à une question de statut. L’exercice de la fonction d’entrepreneur est une question de volonté et de comportement. Il ne suffit pas de créer une entreprise visent seulement à copier un concept existant. L’entrepreneur est celui qui favorise l’émergence et le développement de nouvelles possibilités non encore connues dans l’environnement économique. L’entrepreneur se situe au coeur du processus d’innovation.
Le rôle de l’entrepreneur consiste à réformer ou à révolutionner la routine de production en exploitant une invention ou, plus généralement, une possibilité technique inédite (production d’une marchandise nouvelle, ou nouvelle méthode de production d’une marchandise ancienne, ou exploitation d’une nouvelle source de matières premières ou d’un nouveau débouché, ou réorganisation d’une branche industrielle, et ainsi de suite). La construction des chemins de fer dans ces premiers stades, la production d’énergie électrique avant la première guerre mondiale, la vapeur et l’acier, l’automobile, les entreprises coloniales fournissent des exemples frappants d’une vaste catégorie d’affaires qui en comprend une quantité innombrable de plus modestes – jusqu’à celles consistant, au bas de l’échelle, à faire une réussite d’une saucisse ou d’une brosse à dent d’un type spécifique. C’est à ce genre d’activités que l’on doit primordialement attribuer la responsabilité des « prospérités » récurrentes qui révolutionnent l’organisme économique, ainsi que des « récessions » non moins récurrentes qui tiennent au déséquilibres causé par le choc des méthodes ou produits nouveaux. La mise en oeuvre de telles innovations est difficultueuse et constitue une fonction économique distincte, en premier lieu parce qu’elles se détachent des besognes de routine familières à quiconque et, en deuxième lieu, parce que le milieu économique y résiste par des moyens divers, allant, selon les conditions sociales, du refus pur et simple d’acquérir ou de financer un nouvel objet à l’agression physique contre l’homme qui tente de le produire. Pour agir avec confiance au-delà de la zone délimitée par les balises familières et pour surmonter ces résistances du milieu, des aptitudes sont nécessaires qui n’existent que chez une faible fraction de la population et qui caractérisent à la fois le type et la fonction d’entrepreneur. Cette fonction ne consiste pas essentiellement à inventer un objet ou à créer des conditions exploitées par l’entreprise, mais bien à aboutir à des réalisations.


